Perles de Pluie

Perles de Pluie est un roman dramatique situé en Angleterre à l’époque victorienne. Vous trouverez ici une partie d’un chapitre. Le livre a été réédité en avril 2016.

PERLES DE PLUIE

Page du livre

pub07Quand il vit Pearl descendre l’escalier, vêtu d’un pantalon  noir et d’une simple chemise blanche, il se redressa et son cœur commença à battre trop vite. Puis, il le vit sourire et sa bouche s’assécha soudainement. Cet homme avait tout pour lui. Rain se sentit misérable et honteux, il se demanda pour quelle raison idiote il s’était rendu jusqu’ici, sachant qu’en sortant, il aurait encore plus mal qu’avant.
— Rain, c’est cela ?
— Je… oui, je ne pensais pas que vous vous en souviendriez, répondit l’interpellé et Fred, rassuré, retourna à ses tâches journalières.
— Un nom si rare est difficile à oublier, tout comme le sont les circonstances de notre rencontre. Pour quelle raison êtes-vous ici ?
C’était la question qu’il redoutait, celle à laquelle il n’avait aucune réponse préparée et elle était arrivée beaucoup trop vite à son goût. Tout en restant contre la porte, il essaya de soutenir le regard doux de son interlocuteur.
— Je voulais… non, pardonnez-moi. Je ne savais pas que vous étiez le fils du vicomte Archer, si j’avais su je ne serais jamais venu. J’ai honte d’être ici, je vais m’en aller.
— Non, restez, vous n’avez pas à vous sentir gêné-
Il fut coupé par Isabel et Sybil qui sortirent du salon, curieuses. Sybil eut un mouvement de recul mais Pearl ne fit que les présenter à Rain, comme si ce dernier était un autre noble, ce qui étonna grandement les deux femmes qui pourtant retournèrent au salon sans demander leur reste et sans montrer leurs sentiments. Pearl aurait des explications à leur donner.
— Je sais qu’il est inconvenant de partir de cette façon, mais ça l’est tout autant que d’entrer chez vous. Alors, puis-je me retirer ? reprit Rain, la main sur la poignée de la porte.
Son malaise était facile à voir et pour cette raison, Pearl le laissa partir, perplexe. Il rejoignit ses sœurs au salon et vit Isabel glousser.
— Il a des yeux magnifiques, dit Sybil comme pour expliquer le comportement de sa jumelle.
— Voile-t-il son visage pour cacher sa beauté afin que les femmes ne rougissent pas toutes sur son passage ? demanda Isabel, attirée par le mystère planant autour de Rain. Je sais combien tu détestes attirer ce genre de regards admiratifs, Pearl, alors est-il dans le même cas que toi ?
— Libre à toi de rêver, répondit Sybil à sa place. Mais que cela reste secret, épargne-nous l’embarras de tomber pour un pauvre, tu ne ferais que souffrir.
— Un bal est organisé par le comte Atton, pour fêter les quinze ans de sa fille, déclara Pearl pour changer de sujet. Il aura lieu dans trois jours, nous sommes invités.
Les yeux d’Isabel scintillèrent. Elle avait toujours aimé le fils du comte et aussitôt, elle oublia le vert des yeux de Rain.
Quant à Rain, il fut incapable de sortir le sourire de Pearl de son esprit et ce fut la mort dans l’âme qu’il chercha un endroit où dormir. Il n’irait pas ramasser les cadavres cette nuit-là, car il n’avait aucune obligation. S’il voulait de l’argent, il faisait ce travail sinistre mais aucun contrat ne l’attachait aux croques-morts. Ce soir donc, il ne mangerait rien. Il marcha dans le sens opposé à la cave d’Ana, ne regardant même pas les maisons qui l’entouraient, appartenant toutes à des familles fortunées ; il garda le regard fixé sur les pavés, tournant la tête à chaque coin de rue avant de trouver, enfin, une allée où il ne serait pas dérangé. Il s’assit entre un seau troué et un poêle totalement hors service et ramena ses genoux sous son menton, entourant ses jambes de ses bras pour se protéger du froid que la nuit apporta. Et là, dehors, incapable de s’endormir pour la raison très simple qu’il se sentait totalement abandonné, il jeta un œil autour de lui. Un fruit attira son attention et il se leva pour aller le chercher, il s’agissait d’une orange encore ferme mais à moitié moisie et avec un soupir, il ôta la pelure et la dégusta. Il n’avait pas mangé de fruits depuis très longtemps et ce fut sa petite joie de la journée. Il n’avait avalé que deux quartiers lorsqu’il vit une fumée rouge sortir d’une bouche d’égout. Sans lâcher l’orange, il recula contre le mur.
— Seul quelqu’un d’affamé aurait mangé ce fruit, fit une voix d’outre-tombe, si grave qu’elle ne pouvait pas être humaine. Que veux-tu ? De la nourriture à profusion, de l’argent ? Cela fait si longtemps que personne ne s’est arrêté dans ma ruelle…
— Qui êtes-vous ? demanda Rain d’une voix très effrayée, n’ayant soudain plus envie de terminer son orange.
— Celui qui peut exaucer ton désir le plus cher.
Rain rit nerveusement.
— Contre quoi ? Ce n’est jamais gratuit, n’est-ce pas?
— En effet, mais le prix sera en fonction de la demande. Alors, que veux-tu ?
Rain sentit sa gorge se serrer et il secoua la tête, mais la voix devint plus insistante.
— Laisse-moi t’observer. Tu as besoin d’argent, de nourriture et d’un toit. Ou peut-être…peut-être veux-tu l’amour ? Ce genre de demandes ne vient que des femmes, mais tu n’es pas comme les autres.
Ce serait trop facile, si cela marchait. Rain murmura alors une question : s’il énonçait un vœu, pouvait-il y renoncer ? La réponse fut positive : tant que le contrat n’avait pas été signé, Rain était libre.
— J’aimerais être comme si l’incendie ne m’avait pas atteint. Quel serait le prix ?
Un rire lent et sombre émergea de l’égout.
— Retrouver la beauté que tes cicatrices cachent, le rang que les flammes t’ont volé… Serais-tu prêt à voir ta vie changer du jour au lendemain ? Si tu n’avais pas été chez toi ce jour-là, tu aurais été adopté par ta tante et ton oncle. Désires-tu que le passé s’efface, afin de vivre auprès d’eux ?
Jamais Rain n’avait dit non avec tant d’assurance.
— Je veux juste que Pearl Archer puisse me regarder sans avoir pitié de moi, ainsi j’aurai le courage de l’approcher.
— Tu es le premier qui ne souhaite pas forcer les sentiments d’un autre. Pour ce vœu, le prix est le suivant: du lever au coucher du soleil, tu seras à moi. Si tu désires venir dans ce monde tant que le soleil brille, tu le pourras sous forme de pluie. La nuit sera tienne. A ta mort, ton âme m’appartiendra.
Rain resta immobile et muet. Il eut besoin d’une précision et la demanda avec une boule à la gorge.
— Pearl sera-t-il en sécurité quoiqu’il arrive?
La voix lui répondit un simple oui et Rain ramassa l’orange et termina de la manger.
— J’accepte.

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Un commentaire sur “Perles de Pluie

  1. Pinaise j’ai trop hâte qu’il soit re-publier, quand j’ai déménagé y’a 2 ans j’ai perdu un gros carton de livres où il y avait tout ceux que tu avais publié entre autres donc je suis trop contente que tu les ressortes et que je puisse les avoir à nouveaux dans ma bibliothèque 🙂

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