La Rivière des Soupirs

La Rivière des Soupirs est un roman Historique/Fantasy en cours d’écriture. Vous trouverez ici l’extrait d’un chapitre. Veuillez noter que le texte n’a pas encore été corrigé et que le titre du livre pourra changer par la suite.

Page du livre

LA RIVIERE DES SOUPIRS

riviereRécupérant l’un de ses sabres – il avait laissé le second dans sa chambre – Nakateru emprunta le sentier qui menait au terrain d’entraînement et à ses appartements. Seules quelques lanternes illuminaient encore la voie en cette heure tardive, laissant de larges ombres danser sur le sol. Quand il s’approcha du terrain, il fronça les sourcils et recula pour se dissimuler dans l’obscurité. Il n’était pas seul dehors.
Etait-ce l’un des fils Sasaki ? Il plissa les yeux. Impossible. La silhouette qui virevoltait silencieusement en tenant un katana d’une main inébranlable était bien trop douée et sa haute taille ne correspondait pas aux deux frères. Sa vitesse, sa précision, tout lui rappelait les gestes de Yasuyori et d’un autre de ses hommes, instruits par le même maître. Il décela quelques maladresses dans sa position, et quand un reflet lui fit voir le sabre, il se figea.
Les dents serrées, il bondit pour récupérer son arme, et l’homme para le coup qui visait son flanc. Les lames s’entrechoquèrent si fort que Nakateru crut voir une étincelle jaillir.
— Lâche immédiatement cette arme si tu ne veux pas perdre tes mains, gronda-t-il.
Son adversaire ne faiblit pas. N’ayant aucune envie d’ameuter la famille Sasaki, il lui donna un coup de pied si violent que l’homme tomba à genoux et libéra le sabre. Le Commandant se précipita pour le récupérer, puis croisa les deux lames sous son menton, le forçant à relever la tête.
Il était certain de ne jamais l’avoir aperçu auparavant car il se serait souvenu de la beauté de son visage encore accentuée par la lueur des lanternes, et de cet air de défi qui illuminait son regard.
— Comment es-tu entré ?
L’homme resta obstinément muet. Nakateru pressa ses sabres contre sa peau, faisant perler quelques gouttes de sang. Il le vit déglutir.
— Parle ou je te tranche la gorge !
— Vous l’auriez déjà fait si vous en étiez capable.
Choisissant de ne pas laisser ses pulsions gagner, il rengaina ses deux armes. L’homme ne bougea pas. Nakateru nota la brûlure couvrant sa main droite et en distingua une autre au niveau du col de son yukata noir, ainsi que des cicatrices autour de son cou. Un mercenaire, peut-être ? Ou… en le voyant se relever, il se rappela du serviteur qui avait fui si vite après lui avoir rapporté son kimono. Il n’avait pas vu à quoi il ressemblait mais avait remarqué sa haute taille.
— Où as-tu appris à combattre ainsi ?
— Quelle importance, si vous rapportez à Sasaki ce que vous venez de voir.
Il entendit nettement une lourde amertume dans sa voix légèrement rauque.
— Comptais-tu t’enfuir avec mon sabre ?
— Pour aller où ? Non, je m’entraînais.
— Alors réponds à ma question. Je n’ai aucun intérêt à te dénoncer.
— J’ai eu un instructeur il y a bien longtemps.
— Il t’en faut un autre, répliqua Nakateru.
Un rire bref lui répondit.
— Est-ce que vous proposeriez vos services à un esclave ?
— Un… ?
Nakateru écarquilla les yeux. Il y avait une seule raison pour laquelle les Sasaki pourraient légalement avoir un esclave et ce serait si un membre de sa famille était un criminel exécuté – mais jamais encore le Commandant n’avait vu cette loi pratiquée. De plus, il ignorait qu’il était possible d’obtenir un esclave masculin. Il soupira, sentant toujours son regard sur lui.
— Je serais ravi d’instruire une personne montrant de telles promesses, finit-il par dire, oubliant presque qu’il lui avait subtilisé son sabre.
— Et je serais honoré d’avoir le Commandant Kawahire comme professeur, répondit l’homme en s’inclinant.
— Ton nom ?
— Teruyori.
Il leva un sourcil, et réalisa qu’il était possible qu’il refuse de révéler son patronyme si sa famille était affiliée à un crime.
— Une fois que le dojo sera vide après le repas du soir et que les lanternes des jardins seront éteintes, viens me retrouver.
— Tous les soirs ?
— A moins que je sois absent, oui. Si tu n’es pas à l’heure, ne pense même pas à me déranger.
Il regarda autour de lui et ses yeux se posèrent sur la porte coulissante cachant les armes d’entraînement. Il fit un signe de tête dans sa direction. Teruyori parut surpris qu’il veuille commencer ce soir et courut chercher deux sabres de bois, utilisés d’ordinaire par Nei et Haruari.
Quand l’esclave attaqua, Nakateru ressentit un ravissement difficile à réprimer à l’idée de se défouler enfin. Ils tournoyèrent ensemble dans les ombres, chacun anticipant les mouvements de l’autre et bloquant l’attaque suivante. Nakateru commença par retenir ses assauts pour l’encourager et lui donner une chance de prendre le dessus, avant de soudainement passer à l’offensive de la façon experte qui l’avait rendu célèbre. Teruyori ne vit rien venir et se retrouva couché au sol sans son arme. Nakateru recula et la lui rendit.
— C’est tout pour aujourd’hui, déclara-t-il. Beau travail.
— Si c’est une comparaison avec vos élèves habituels, ce n’est pas un compliment, grommela l’esclave en se redressant, un petit rictus au coin des lèvres.
— Je te comparais à mes officiers. A demain.
Il eut le temps de le voir ouvrir légèrement la bouche d’un air surpris et, avec un sentiment d’intense satisfaction, il se rendit dans sa chambre. Quelle importance que son statut soit si honteux aux yeux de la société ? Il ne jugeait pas les gens par leur passé. Ce garçon aurait facilement pu entrer dans son escouade, et il lutterait pour lui apprendre tout ce qu’il savait, pour en faire un guerrier digne de lever sa bannière.

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